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Géographie, éducation publique et pédagogie libertaire en Suisse et en Europe (19e-21e siècle) - Projet FNS division interdisciplinaire 2014-2017

mardi 16 juin 2015

Equipe : Charles Heimberg, Anne Sgard, Federico Ferretti, Nora Kohler

Entre le 19e et le 20e siècle, la Suisse a été un laboratoire très important pour l’élaboration d’idées et de pratiques pédagogiques qui ont exercé une influence sur la construction des institutions de l’instruction publique de toute l’Europe contemporaine.
Dans ce mouvement, un rôle assez peu étudié mais important a été joué par un réseau d’acteurs, à la fois Suisses et exilés politiques, qui ont participé directement ou indirectement au mouvement de la pédagogie libertaire et aux expérimentations d’éducation populaire mises en place par les mouvements socialistes et progressistes, tels qu’écoles modernes, universités populaires, conférences populaires, « extensions universitaires », etc.
Parmi ces acteurs, on trouve un groupe de géographes qui ont été des inventeurs de la pédagogie libertaire en même temps que des importants représentants de leur discipline à cette époque : Élisée Reclus (1830-1905) et Pierre Kropotkine, (1842-1921), exilés en Suisse pour des raisons politiques, et leur collaborateur genevois Charles Perron (1837-1909), animateur avec William Rosier (1856-1924) du Musée Cartographique et auteur de l’un des premiers pamphlets en faveur d’une éducation populaire laïque et non-autoritaire. Ces auteurs, très influents grâce à leurs relations directes avec des éducateurs comme Francisco Ferrer y Guardia (1859-1909), ont collaboré également avec Sikko Roorda van Eysinga (1825-1887) et son fils Henri (1870-1925) inspirateur, avec Jean Wintsch (1880-1943), de l’expérience de l’École Ferrer de Lausanne (1910-1919).
En plus, il faut remarquer le rôle joué par James Guillaume (1844-1916) et par Ferdinand Buisson (1841-1932), le premier un Neuchâtelois, le second un Français refugié en Suisse sous l’Empire et enseignant à l’académie de Neuchâtel, qui ont été les passeurs du concept de l’éducation laïque entre diverses nations et divers milieux politiques. Ils ont été notamment les protagonistes de la rédaction du Dictionnaire de pédagogie, des études sur le débat pédagogique à l’époque de la Convention, en contribuant à la construction du système français de l’éducation primaire, qui a été accompagné par la création d’écoles libertaires comme l’orphelinat de Cempuis financé par le Ministère de l’Instruction Publique et dirigé par Paul Robin (1837-1912), lui aussi ex-réfugié politique en Suisse et collaborateur de Buisson et de Guillaume.
C’est ainsi en partie de la Suisse que vient l’école républicaine française : quel rôle les nouvelles interprétations de la tradition suisse de Rousseau et Pestalozzi ont-elles alors joué pour ce faire ? Quel a été le lien entre exilés, libertaires et libéraux dans cette conjonction historique où l’on peut dire que la Suisse a enseigné au monde ? Quel rôle le protestantisme libéral a-t-il joué ? Quelle a été l’importance de sciences humaines comme la géographie, qui inspire plusieurs des auteurs cités ? Quel a été le poids des exilés dans l’histoire culturelle suisse et dans l’invention de la pédagogie libertaire, dont les thèmes restent de forte actualité ? En outre, en tissant des liens entre passé et présent, reste-t-il un écho de ce réflexions dans l’actuel Plan d’Études Romand (PER) mis récemment en application dans les écoles de la Suisse romande ?
Nous entendons répondre à ces interrogations par le dépouillement systématique et l’analyse des œuvres et des archives, encore peu exploitées, des institutions et des auteurs cités, et par la mise en réseaux, dans un cadre à la fois suisse et international, des transferts et circulations des savoirs engendrés par ces expériences, dont les liens sont connus, mais pas toujours problématisés de façon approfondie.
Cette recherche vise à déboucher sur un colloque international, des monographies, des articles dans des revues scientifiques, une thèse de doctorat, une enquête qualitative auprès d’enseignants genevois du secondaire 1 et une série de propositions sur les pédagogies des sciences sociales et de l’éducation à la citoyenneté dans le cadre de la formation continue des enseignants du primaire et du secondaire, avec production de matériaux didactiques spécifiques.

Mots clés : pédagogie libertaire, éducation publique, géographie, histoire de l’éducation, didactique de l’histoire, didactique de la géographie, éducation à la citoyenneté, PER

Disciplines : Géographie, Sciences de l’éducation, Histoire générale, Histoire suisse, Didactique

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