Christophe BRUN, Élisée Reclus dans La République française de Léon Gambetta (1872-1878)
Article mis en ligne le 10 septembre 2019

par F.F.
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Compilation des articles et présentation générale par Christophe Brun, septembre 2019.

Entre le 15 février 1872 et le 8 janvier 1875, Élisée Reclus contribue, au titre de la géographie, au feuilleton « Revue des sciences historiques » de La République française (Paris), le quotidien créé le 7 novembre 1871 par le leader républicain et député de la Seine Léon Gambetta (1838-1882), et dirigé par son ami Eugène Spuller (1835-1896), également député de la Seine.
Plusieurs proches d’Élisée Reclus gravitent autour de ce journal : Germain Casse (1837-1900), ex-beau-frère d’Élisée et oncle par alliance de ses deux filles, député de la Guadeloupe puis de la Seine à partir de 1873, est un proche de Gambetta et contribuera, à partir de 1876, à animer La République française dont il est, en 1872, l’un des rédacteurs ; Paul Frédéric Hickel (1830-1892), le frère cadet de Gustave Hickel (1821-1869) ami intime d’Élie et Élisée décédé prématurément le 12 mars 1869, en est l’un des administrateurs dans les années 1870 ; l’écrivain André Léo (Victoire Léodile Béra veuve Champseix, 1824-1900), amie proche d’Élie Reclus (1827-1904), de Noémi Reclus (1828-1905) et d’Élisée Reclus (1830-1905), communarde réfugiée en Suisse, débute le 26 décembre 1871 dans La République française la publication du roman-feuilleton « Les Filles pauvres. L’institutrice ».

Mais c’est une autre relation des frères Reclus qui organise la parution des articles du géographe dans le quotidien de Gambetta.
Comme le révèle le n° 252 du feuilleton (cf. ci-après 0b), l’« Introduction » programmatique de la « Revue des sciences historiques », publiée le 9 février 1872, est due à la plume d’André Lefèvre (1834-1904). L’homme de lettres est une relation amicale d’Élie Reclus et, du reste, tous deux ont participé, à l’automne 1870, au classement et au début de la publication des « papiers des Tuileries » qui révèlent les dessous de la politique de Napoléon III. En 1877, André Lefèvre fait paraître Religions et mythologies comparées (Paris, Leroux, XXV-329 p.), dont l’« avant-propos » reprend l’« Introduction » de 1872 (cf. 0b, p. 1b). Cette dernière indique que le feuilleton, consacré aux sciences sociales, aux arts et quelquefois à l’industrie, ambitionne de fournir au lectorat toutes sortes de connaissances nouvelles, utiles à la régénération sociale et intellectuelle de la France ainsi qu’à la consolidation politique du régime républicain dans un sens progressiste. La géographie, et non l’histoire, est choisie par André Lefèvre pour ouvrir sa série, et il s’en explique en invoquant deux raisons classiques : « Et d’abord, cette terre où nous sommes attachés, ce champ de notre activité, si petit dans l’univers, si grand pour nous, ne devons-nous pas le posséder en esprit avant de le gouverner et de l’exploiter en fait ? […] De la géographie aussi procède l’histoire. L’une est le théâtre et le substratum de l’autre. » (cf. 0a, p. 1d et 1e).
La « Revue des sciences historiques » est conçue pour compléter la « Revue scientifique », un feuilleton consacré aux sciences de la nature et lancé deux mois plus tôt, le 4 décembre 1871, par le médecin et physiologiste Paul Bert (1833-1886) , avec, déjà, les objectifs idéologiques de sa petite sœur (n° 1 programmatique par Paul Bert : cf. ci-après 0c). Son deuxième numéro traite des « sciences anthropologiques » (cf. ci-après 0d) selon le sens de l’époque, c’est-à-dire de l’homme considéré d’abord du point de vue de la biologie, mais dans le but d’établir des rapports de causalité avec divers phénomènes sociaux et culturels. Le programme de la « Revue scientifique » soutient la nécessité d’un impérialisme de la science : « la science conquiert la direction intellectuelle de la société » et, « dans l’évolution intellectuelle de l’enfant, [elle doit] précéder et préparer l’éducation littéraire » (cf. 0c, p. 1c).
Sans remettre en cause une telle perspective, André Lefèvre a l’intention, lorsqu’il crée la « Revue des sciences historiques », de ne pas laisser aux seules sciences de la nature ce nouvel empire. Pour lui, si la « Revue scientifique » a formulé de « remarquables prolégomènes » (cf. 0b, p. 1a), il convient de garder à l’esprit que là « où finit la nature des choses, commence l’évolution propre de l’homme, son devenir » (cf. 0a, p. 1b, c’est Lefèvre qui souligne) et que « ce qui existe, […] c’est la complexité des choses » (cf. 0a, p. 2a). Car « à côté des sciences de la nature, il en est d’autres qui, bien que subordonnées aux premières, empruntent à leur objet propre une importance capitale. Quand l’homme a parcouru et classé les diverses combinaisons du nombre et du mouvement, il se retrouve en face de son développement individuel et social » (cf. 0a, p. 1a-b).
La « Revue scientifique » se poursuit jusqu’en décembre 1888. La « Revue des sciences historiques », quant à elle, ne court que jusqu’à l’été 1879, avec près de 400 épisodes publiés, sans signature jusqu’en septembre 1876, sans doute de manière à produire un effet de corpus unitaire (cf. 0b, p. 1c). Homme-orchestre, André Lefèvre donne des épisodes sur des sujets divers comme la linguistique, les croyances, l’histoire ou la géographie. De 1877 à 1879, c’est pour l’essentiel Franz Schrader (1844-1924), le cousin issu de germaine d’Élisée Reclus, qui tient la rubrique géographique , mais il intervient dès le 2 janvier 1874 avec l’article « Géographie polaire », épisode n° 98 de la « Revue des sciences historiques » (cf. ci-après III. 28).
Élisée Reclus est le tout premier auteur à être publié par la « Revue des sciences historiques » (épisode n° 2 – le n° 1 étant l’« Introduction » d’André Lefèvre). Il donne huit articles par an en 1872, 1873 et 1874-1875, soit 24 contributions en trois ans, chacune intitulée « Géographie générale ». Elles rendent souvent compte des voyages d’exploration effectués dans les régions encore mal connues des Occidentaux aux pôles, en Afrique, en Asie ou en Océanie. Le 24e et dernier article, le 8 janvier 1875, est spécialement consacré au deuxième « Congrès international des sciences géographiques » qui se tiendra à Paris cette année-là du 1er au 11 août quoique ayant tout d’abord été prévu pour le printemps, et auquel Élisée Reclus ne peut participer puisque sa condamnation à dix ans de bannissement lui interdit de pénétrer sur le territoire français .
De contributeur, Élisée Reclus devient ensuite sujet du feuilleton : le 24 décembre 1875, le n° 199 est consacré à la Nouvelle Géographie universelle, dont le premier volume vient de paraître. Cf. ci-après IV. 29 et 30 pour deux comptes rendus de la Nouvelle Géographie universelle publiés par La République française, en 1875 (article non signé, peut-être d’André Lefèvre ou de Franz Schrader) et en 1878 (article signé par le cousin d’Élisée, Franz Schrader, à l’occasion de la parution du t. III). En revanche, pour la parution du t. II en décembre 1876, un compte rendu est inséré dans la rubrique « Variétés » du journal, sous la signature « A.-P. C. » (cf. ci-après V. 31).


En avril-mai 1872, sous le titre « Lettres d’Italie », Élisée Reclus est également l’auteur de trois articles d’actualité politique étrangère parus dans La République française (Paris), et ici reproduits en II.
Deux autres articles d’actualité politique étrangère sont encore publiés par Élisée Reclus en avril-mai 1872 par le quotidien La Gironde (Bordeaux), sous le titre « Lettres de Suisse ». Cette même année, Élie Reclus fournit à La Gironde une petite série d’articles intitulée « Lettre d’un cosmopolite ».
Par ailleurs, toujours en 1872, Élisée fait paraître dans La Réforme (Paris), à une date qu’il reste à préciser, un article d’anthropologique préhistorique intitulé « L’homme fossile » et qui rend compte de la réédition de l’ouvrage du géologue belge Henri Le Hon (1809-1872), L’Homme fossile en Europe, son industrie, ses mœurs, ses œuvres d’art, 3e éd., Bruxelles, Muquardt, et Paris, Reinwald, 1872 (1re éd., Bruxelles, Muquardt, 1867 ; 2e éd., 1868 ; 4e éd., 1877 ; 5e éd., Bruxelles et Paris, 1879).
Cette éphémère reprise de l’activité de publiciste de Reclus, parallèle à sa préparation rémunérée de la future Nouvelle Géographie universelle, a aussi pour but immédiat de lui fournir quelques revenus supplémentaires au moment où il retrouve la liberté et doit assurer l’établissement de son foyer en Suisse méridionale.

Tous les articles d’Élisée Reclus parus dans la « Revue des sciences historiques » de la République française, à l’exception de la contribution du 4 avril 1872, et en y incluant par erreur la contribution « Géographie polaire » rédigée en réalité par le cousin Franz Schrader (cf. ci-après III), ont été utilement publiés par Jan Rapacki, arrière-arrière-petit-fils d’Élisée Reclus, à partir des transcriptions effectuées par sa mère, Louise Cuisinier épouse Rapacka (1918-1999) : Jan Rapacki (éd.), Élisée Reclus, un communard en exil, Monfaucon (Dordogne), éditions Jean-Jacques Wuillaume/Trace ta vie, 2017, 275 p.
Outre les deux erreurs mentionnées ci-dessus, cette édition recèle en sus d’innombrables coquilles, et c’est pourquoi nous sommes revenus aux textes originaux. L’édition Rapacki comporte également les deux « Lettres de Suisse » publiées dans La Gironde (Bordeaux), ainsi que la retranscription presque complète de l’article d’anthropologique préhistorique sur « L’homme fossile » publié en 1872 dans La Réforme (Paris). Ces trois articles ne sont évidemment pas reproduits dans ce dossier consacré à la présence d’Élisée Reclus dans les colonnes de La République française.


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