JACOB, Laurent. "Sépulture d’Elisée Reclus à Ixelles. SOS mémoire oubliée"
Article mis en ligne le 29 novembre 2007
dernière modification le 1er décembre 2007

Une "anecdote" (mais en est-ce vraiment une ?), par rapport à l’oubli dans lequel nos contemporain-e-s laissent gésir Elisée Reclus : un ami, féru du géographe, m’a proposé en août dernier, lors de son passage à
Bruxelles, de nous rendre au cimetière d’Ixelles, où il avait lu qu’Elisée Reclus a été enterré. Habitant moi-même Ixelles - et alors que "l’Université Nouvelle" que Reclus a lancée au XIXme siècle est devenue
la principale université bruxelloise - j’ignorais que sa sépulture se trouvait à deux pas de chez moi...

Nous consultons rapidement un fascicule consacré à présenter les "personnalités" inhumées au cimetière d’Ixelles... et n’y trouvons pas de mention d’E. Reclus.

Qu’à cela ne tienne, nous verrons bien sur place... Arrivés au cimetière, nous demandons au préposé l’emplacement de la pierre tombale de M. Reclus. L’employé ouvre de grands yeux. "Qui ?" Inconnu au
bataillon... Après quelques minutes - et alors que nous commençons à douter de nos propres renseignements - le préposé consulte un ouvrage reprenant l’ensemble des "notables", artistes, chercheurs, hommes politiques... enterrés à Ixelles.

Il en parcourt les rubriques, regarde à "scientifiques", "hommes politiques"...

Rien.

Bon. J’en prends mon parti, et me dit qu’il a du être inhumé au cimetière de Bruxelles, ou peut-être ailleurs.

Mais Paul, mon ami, est du genre à s’accrocher. Il n’en démord pas : "Reclus a été enterré ici, tous ses biographes sont d’accord !". Il revient à la charge auprès de l’employé communal, fort embarrassé de ne
rien trouver, et qui lui non plus n’a jamais entendu parler de l’ancêtre en question, quand bien même aurait-il été l’un des fondateurs de l’ULB...

Dix minutes passent... Je me suis éloigné du cabanon administratif, pour prendre un peu l’air, lorsqu’un cri fuse : "Laurent ! ça y est !"

Et, de fait... En exhumant ( :-) un cadastre du cimetière presque aussi ancien que la plupart de ses pensionnaires, le responsable de l’accueil venait de remettre la main sur quelques notations manuscrites :

"Reclus, Elisée. Allée n° une telle, parcelle une telle. Dernier entretien communal : 1975".

L’obstination d’un amateur de l’oeuvre de Reclus me permet donc de confirmer qu’il a été enterré au cimetière d’Ixelles.

Hélas, l’anecdote ne s’arrête pas là... Nous avons ensuite arpenté le cimetière pendant 1 heure et demi, en tous sens, quadrillant la parcelle mentionnée, ses voisines puis la totalité des autres. Jamais nous n’avons pu repérer la sépulture du brave Elisée.


En effet, sur la page des Ixellois célèbres nous pouvons lire :

"Elisée Reclus (1830-1905) : anarchiste et géographe, vécut à Ixelles de 1894 jusqu’à sa mort en 1905. C’est à Ixelles qu’il composa les six volumes de son célèbre ouvrage "L’Homme et la Terre". Il résida successivement au 38 de la rue de la Croix, au 22 de la rue Vilain XIIII, puis au 27 de la rue du Lac, et enfin à nouveau rue Vilain XIIII mais au n° 26. Il fut, conformément à sa volonté, enterré dans la fosse commune du cimetière d’Ixelles. Une simple plaque commémorative se trouve encore dans l’allée longeant le mur séparant le cimetière de l’avenue de la Couronne."