Année 2005 4-6 juillet. Montpellier-Pézenas. Autour de 1905 : Elisée Reclus – Paul Vidal de la Blache. Le géographe, la cité et le monde, hier et aujourd’hui
Article mis en ligne le 14 décembre 2007
dernière modification le 5 mai 2010
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Université Paul Valéry, Salle C020

Présentation

Université Paul-Valéry Ville de Pézenas Montpellier III EA 3766 GESTER Gestion des sociétés des Territoires et des Risques

En 1905, Elisée Reclus meurt seul en exil à Thourout près de Bruges. Son œuvre est immense, grande est son originalité. Il écrit, la plupart du temps seul, 265 ouvrages ou articles soit environ 25 000 pages. Sur bien des aspects, il fait figure de précurseur. Il témoigne aussi très fortement de l’esprit de son temps, même s’il apparaît à contretemps. Individualiste, libertaire, internationaliste, il n’a pas de disciple et ne fait pas école. A partir de 1905, l’Homme et la Terre de Reclus commence à être publié en fascicules grand public, les 6 volumes étaient achevés d’imprimer en 1908, le premier ayant été édité en 1876. Sa géographie universelle compte 19 volumes, soit 17 873 pages et 4290 cartes. Auparavant, il publie La terre, description des phénomènes de la vie du globe (1868) qui compte 2 tomes et 1606 pages. Pour L’homme et la terre (1905-1908), c’est 6 volumes soit 3545 pages. Il écrit aussi sur d’autres registres, soit dans des petits hebdomadaires populaires, soit sur le plan pédagogique, comme l’Histoire d’un ruisseau, Paris, bibliothèque d’éducation et de récréation, J. Hetzel et Cie, 1869.

En 1905 également, Paul Vidal de la Blache publie un article sur l’enseignement de la géographie. Il a achevé en 1903 le tableau de géographie de la France commandée par son ami Lavisse comme tome 1 de son histoire de France depuis les origines jusqu’à la révolution. En 1908, l’ouvrage fondamental de Vidal de la Blache sera réédité à part, sans modification, sous le titre la France tableau géographique. Autour de 1905, Vidal de la Blache a rédigé l’essentiel de son œuvre (géopolitique (1898) / géographie des faits sociaux (1902) / géographie humaine (1903) / pays (1904) / enseignement de la géographie (1905) / régions (1910) / genres de vie (1911). Lui aussi témoigne de son temps, d’une France républicaine, meurtrie par la défaite de 1870, en pleine évolution. Homme de l’establishment, Paul Vidal de la Blache fera école et ses disciples répartis dans les quelques chaires de géographie en province et à Paris diffuseront voire radicaliseront sa pensée.

Autour de cette date de 1905, prise comme prétexte, nous célébrerons d’abord le centenaire de la mort de Reclus. Mais au-delà de ce rappel, qui s’impose cependant pour un précurseur de la géographie longtemps occulté, des chercheurs en sciences sociales se réuniront pour discuter des projets des deux grands fondateurs de la pensée géographique, de leur vision du monde, de la place de la géographie dans la cité et de leur influence aujourd’hui.

Cinq thèmes transversaux remettront en perspective, pour chacun de ces deux grands précurseurs, l’homme et l’œuvre dans son contexte et leur influence aujourd’hui dans la pensée géographique : l’homme et son idéologie dans le contexte de l’époque, leurs héritages respectifs, le rapport à l’enseignement, l’institutionnalisation de la géographie, leur conception de la géographie, leur vision du monde, par le biais du support de la géographie universelle la géographie et le maillage territorial et son évolution. Les réflexions et les écrits de l’un et de l’autre sont le reflet d’un homme, d’un tempérament, d’une idéologie à replacer dans le contexte de l’époque.

Elisée Reclus et Paul Vidal de la Blache ont chacun eu une conception de l’enseignement de la géographie et du rapport de la géographie à l’enseignement. L’un et l’autre voyageurs, hommes de terrain qu’ils regardent différemment ont eu une vision du monde qui s’exprime en partie par le biais de l’idée du support de la géographie universelle. Reclus a rédigé seul les 19 volumes de sa Nouvelle géographie universelle tandis que Vidal de la Blache a choisi les collaborateurs de la géographie universelle collective qui sera rédigée en son nom après sa mort.

Tous deux, héritiers de la géographie allemande de Humboldt et Ritter, ont construit chacun à leur manière une approche géographique moderne, spécifique qui jette les bases de cette nouvelle discipline alors peu affirmée, lui permettant de consolider sa place dans le concert des sciences reconnues, à l’articulation des sciences de la nature et des sciences de l’homme et de la société.

En écrivant une géographie des Etats et des Nations, ils se sont préoccupés de géographie politique et ont livré des réflexions très pertinentes en particulier sur les maillages territoriaux et le savoir faire de leurs habitants.

Contemporains, Reclus et Vidal de la Blache ont mené leurs « carrières » chacun à sa manière, selon sa sensibilité. Tout les séparait mais peut-on dire que leurs géographies soient aux antipodes ? Une analyse superficielle a cru devoir imputer à Vidal de la Blache ¬en fait à ses disciples-l’occultation de l’œuvre de Reclus et a vu opposer Reclus, géographe politique, social, évolutionniste, engagé, à Vidal de la Blache, géographe des genres de vie, des pays et des régions, fixiste et « aseptisé ». Depuis ces excès et ces vues manichéennes, qui ont comme mérite d’inciter à lire ou à relire l’un et l’autre, la connaissance fine d’œuvres immenses permet de relativiser leurs différences et d’apprécier les points forts et les points faibles de chacun d’entre eux. En fait, une lecture sereine de Reclus et de Vidal de la Blache renforce encore leur actualité.
C’est donc à une relecture et à une remise en perspective que nous convions les intervenants désireux d’illustrer l’œuvre et l’homme, d’une part, mais aussi, en prenant prétexte des travaux de ces deux maîtres, de poser la question des relations qu’entretient, aujourd’hui, le géographe avec la cité et avec le monde.

Dans une période charnière de l’histoire de l’humanité, vraisemblablement encore plus fondamentale que la fin du XIXème et le début du XXème, quelles leçons tirer des réflexions de Reclus et Vidal en ce XXIème siècle commençant ?

Tous deux se sont, à leur manière, positionnés vis-à-vis de l’évolution en cours et ont réfléchi à la place de la géographie dans ce mouvement. Tous deux, de façon différente voir opposée, situent territoires et sociétés par rapport à l’Etat en privilégiant, chez Vidal de la Blache surtout, les échelons infra étatiques, régions et pays. Reclus et Vidal de la Blache ont une analyse de la diversité du monde et des défis des civilisations dans un contexte changeant ; pétris d’histoire, ils replacent les situations contemporaines dans le faisceau des évolutions endogènes et exogènes. Confrontés à des paysages qui illustrent des constructions territoriales, ils en décortiquent les éléments et font émerger, dans les sciences de l’homme et de la société, le sentiment de nature et une perception de sa vulnérabilité. Grands précurseurs, vulgarisateurs selon des modes très distincts, soucieux de la représentation de la géographie et en particulier de son illustration cartographique, ils annoncent des problèmes de la société humaine dans son environnement. A la faveur de cette commémoration, on s’interrogera sur la pertinence actuelle de leurs réflexions et de leurs méthodes, sur leurs prolongements et, comme ils le firent, en leur temps, sur le sens et le rôle de la géographie. En associant une meilleure connaissance des Grands Anciens et de leurs œuvres à une réflexion tout à fait contemporaine voire prospective, ce colloque contribuera à éclairer l’affirmation, la pérennité et le repositionnement de la géographie dans le champ des sciences de l’homme et de la société. Aux géographes et aménageurs seront associés des enseignants chercheurs en sciences sociales, historiens, sociologues, ethnologues, politologues, économistes, philosophes, en sciences de l’éducation et en sciences de la nature. Les géographes présidents d’université animeront une table ronde sur la place des géographes et de la géographie, aujourd’hui dans la cité.

[*Lundi 4 juillet (Montpellier) Reclus, anarchiste*]

9H Accueil des intervenants

9H30 Présentation du Colloque par M. Jean-Marie MIOSSEC,
Président de l’Université…Professeur – GESTER – Université Paul Valéry et M. Ronald CREAGH

RECLUS : La personne

Président de séance : M. Patrick TACUSSEL, Professeur, Université Paul Valéry.

10H. M. Pierre JOUVENTIN, Directeur de recherche au CNRS - "Elisée Reclus, homme de science et de conscience”

10H30 Mme Claire AUZIAS, Historienne - “Les femmes de Reclus”

RECLUS : Les idées

Présidente de séance : Mme. Marianne ENCKELL, animatrice du Centre International de Recherches Anarchistes de Lausanne, Suisse

11H00 M. Gaetano MANFREDONIA, Historien - “Elisée Reclus entre
insurrectionalisme et éducationnisme réalisateur

11H20 Dr. Peter MARSHALL, Fellow of the Royal Geographical Society, “Elisee Reclus : Geographer of Freedom’”

Débats

12H30 Déjeuner

RECLUS : L’influence

14H Présidente de séance : Mme Danièle Haas, Bibliothécaire

14 H Mme Marianne ENCKELL, animatrice du Centre International de Recherches Anarchistes de Lausanne, Suisse. “Reclus, inventeur de l’anarchisme”

14H20 M. John CLARK,Professor of Philosophy, Loyola University New Orleans “Lire Reclus aujourd’hui”

Débat

Président de séance : M. Jean-Jacques GANDINI, avocat, membre du collectif de rédaction de la revue Réfractions.

15H20 M. Paul BOINO, Maître de Conférences, Lyon II : “Reclus et la dialectique”

15H40 M. Ronald CREAGH, "Qu’est-ce qu’une géographie libertaire ?"

16H Débat

17H. CONCLUSIONS DE LA JOURNEE

18H Visite de l’Exposition Elisée Reclus, présentée par M. Didier GIRAUD, Historien

[*21H Cabaret anarchiste pour Elisée Reclus. Partition pour comédiens et orgue de barbarie. Mise en oeuvre : Monique Surel-Tupin*]

MARDI 5 JUILLET 2005. Montpellier (France) – Université Paul Valéry

9H00 Introduction par M. Jean-Marc BESSE, Directeur de recherches CNRS UMR Géographie-Cités - Paris

« La géographie dans les grands courants de pensées du début du siècle"

“Reclus, géographe universel”

Président de séance : M. Pasquale COPPOLA, Professeur – Université l’Orientale de Naples

9H20 Mme. Soizic ALAVOINE, Professeur agrégée, associé à l’UMR 8504, équipe E.H.GO – Paris « La géographie pour tous »

9H40 M. Jean-Marie MIOSSEC, Professeur – GESTER – Université Paul Valéry

«  Reclus : une géographie culturelle du Maghreb  »

10H10 M. Philippe PELLETIER, Professeur – Université Lyon II

« Reclus et le Japon »

11H15 Mme Lucile MEDINA, Professeur agrégée – Université Paul Valéry "Reclus et l’Amérique Latine "

11H35 M. Massimo QUAINI, Professeur – Université Gênes

« Reclus et l’Italie »

Débat

12H30 Déjeuner

2“Comprendre et respecter la diversité du monde”2

Président de séance : M. Philippe PELLETIER, Professeur – Université Lyon

14H M. Raffaele CATTEDRA, Maître de conférences – GESTER - Université Paul Valéry « Reclus et la Méditerranée »

Introduction de M. Jean-Marc BESSE, Directeur de recherches CNRS UMR Géographie-Cités - Paris

« La géographie dans les grands courants de pensées du début du siècle »

14H20 M. Jean-Pierre CHEVALIER, Professeur IUFM - Versailles

« La grande séparation à résorber : l’Orient et l’Occident vus par Elisée Reclus »

14H40 M. Georges ROQUES, Maître de conférences – IUFM

[*« Le géographe et les parlers régionaux »*]

Débat

17H Conclusion de la journée par M. Mohammed NACIRI, Professeur – Université Agdal de Rabat

MERCREDI 6 JUILLET


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