RECLUS, Élisée. "Les cyclones aux Etats-Unis"
Elisée Reclus, Nouvelle géographie universelle. Paris : Librairie Hachette et Cie, 1892. T. XVI p. 382-283.
Article mis en ligne le 3 décembre 2007
dernière modification le 12 décembre 2007
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Aux Etats-Unis la plupart des troubles atmosphériques participent de la nature des cyclones, mais sans offrir la même régularité dans leur mouvement de giration que les cyclones tournoyant en pleine mer. Les tempêtes proprement dites balayent souvent la surface des plaines, surtout dans les parties septentrionales de l’Union. Elles commencent dans le Grand Ouest et se développent dans la direction de l’est suivant une courbe élégante tournant sa convexité vers le sud : leur voie la plus ordinaire traverse le Dakota et le Minnesota, le lac Supérieur, puis le Huron, et se continue vers la mer par le Saint-Laurent, avec une vitesse moyenne, calculée par Loomis pendant quinze années, - 1872 à 1884, - de 45 700 mètres par heure ; mais en hiver, surtout en février, la translation de la tempête est souvent beaucoup plus rapide, même de 70 kilomètres à l’heure. En août, le déplacement se fait avec plus de lenteur ; toutefois il l’emporte, même dans cette saison, sur la marche des tempêtes européennes. En hiver, les vents qui soufflent avec une formidable violence dans les régions du nord, acccompagnés souvent d’un cortège de trombes, sont les blizzards si redoutés, qui glacent soudain les voyageurs et les ensevelissent parfois sous des tourbillons de neige.

Les cyclones qui déroulent leurs terribles spirales à travers les campagnes mississippiennes ont une autre origine : ils proviennent du sud-ouest, du sud ou du sud-est et se développent en arc de cercle à travers les plaines centrales pour gagner la mer en franchissant les Appalaches ; cependant ils ne suivent pas toujours une marche régulière, de forme hélicoïdale, analogue à celles dont on trace le parcours dans les ouvrages classiques : Finley cite même des exemples de cyclones, - 1 sur 69, - dont le mouvement giratoire, au lieu de se porter normalement du sud au nord par l’est du nord au sud par l’ouest, prend la direction inverse, c’est-à-dire de gauche à droite, comme les aiguilles d’une montre. Les chemins suivis par ces météores diffèrent beaucoup mais ne se font pas sentir à l’ouest du Territoire Indien et du Kansas : nés dans le golfe du Mexique, ils décrivent leur courbe au nord de cette mer intérieure. Mai, avril, juin, juillet, sont les mois pendant lesquels l’équilibre des airs se montre le plus instable et les tournoiements de l’atmosphère, trombes, tornades, ouragans, se produisent avec le plus de fréquence ; c’est presque toujours dans l’après-midi, de trois heures à cinq heures et demie, que l’on a observé ces tempêtes tournantes. Le mouvement du centre tourbillonnaire varie de 25 à 110 kilomètres par heure, mais la vitesse de l’air entraîné sur le pourtour de l’entonnoir, dans les trombes locales, monte parfois à un taux décuple, soit plus de 1000 kilomètres. Rien ne peut résister à une pareille force : les arbres sont arrachés, tordus par le vent, enlevés comme des fétus ; les maisons volent en débris dans l’air ; les locomotives, poussées hors des rails, vont s’abattre dans les champs ; les ruisseaux, aspirés, se déssèchent ; près de Jamestown, dans le Dakota, un laguet de 80 ares s’évapora soudain et l’on peut en labourer le sol après l’ouragan. Le sillage du cyclone, heureusement très étroit, est indiqué » par les branches et les fragments de toiture qui planent dans le vide laissé derrière lui par le centre du tourbillon. Tel ouragan détyruit des milliers de maisons et tue des centaines de personnes. Après des siècles, le voyageur peut encore reconnaître dans les forêts du Kentucky la trace d’un chemin frayé par un ancien cyclone.


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