Lettre de Paul Reclus à Pierre Kropotkine 1905-07-06
Article mis en ligne le 2 décembre 2007
dernière modification le 12 décembre 2007
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Ixelles, le 6 juillet 1905 [1]

Mon bien cher ami,

Je ne veux pas que la journée se passe sans que je t’écrive un mot, si incomplet soit-il.

Il y a trois semaines que notre ami s’est mis à décliner rapidement et que les crises se sont répétées plus fréquemment. Avant cela, nous pensions qu’avec des hauts et des bas, cela pourrait encore durer longtemps. Dans ces derniers temps notre position était bien difficile : les visites de gens indifférents provoquaient chez lui des crises – par répulsion, dirai-je – ; mais les visites d’amis l’émotionnaient encore plus et le plongeaient presque régulièrement en des crises douloureuses. Je l’ai vu pour la dernière fois, il y a huit jours…

Samedi, devant son frère Paul, devant sa soeur Louise, il a recommandé que personne ne suive son convoi, pas même les siens, parce que tous les autres amis voudraient en faire autant. “Paul seul me conduira au cimetière”. Et voilà comment ce matin, à 8 heures, j’ai assisté, absolument seul, à l’inhumation de notre ami. Il y avait peu de curieux ; il était de trop bonne heure, et le désir d’Elisée a pu être observé à la lettre et en son esprit.

Ses derniers instants de bonheur ont été, lundi, quelques heures avant sa mort, d’entendre la lecture des dépêches de Russie… [2]. Son dernier travail fini a été la préface de L’Homme et la Terre pour l’édition russe, mais jusqu’à samedi, il a pu dicter quelques notes pour son ouvrage.

Fraternellement,

Paul Reclus

Notes :

[1Elisée Reclus, Correspondance, vol. 3

[2La révolte des marins de Cronstadt


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