CORNUAULT, Joël. "« L’ Union plénière du civilisé avec le sauvage » selon Reclus"
Article mis en ligne le 1er décembre 2007
logo imprimer

Comme chez Kropotkine, mais à la différence de Proudhon, par exemple, dont la doctrine repose sur l’économie et la sociologie, l’anarchisme de Reclus est d’orientation spatiale, culturelle et sociale à la fois. L’idée que je voudrais soutenir dans ces notes est qu’il déploie dans ces trois dimensions une pensée élargie à l’ensemble des sociétés dans le temps et dans l’espace, et non seulement au monde du XIXe siècle. J’essaierai de le faire en des termes qui me paraissent compatibles avec l’esprit de Reclus, plutôt qu’en m’emparant du sujet brutalement, comme d’un document scientifique à soupeser et contrôler.

*

Sans doute, étudiant, Reclus avait fait déjà des lectures – Owen, Proudhon, Leroux – développant, comme il le dit de son propre frère Élie, son sens de la « vie idéale, d’imagination, de haut désir. »[1] Mais il tint à nous faire savoir que ce n’est pas dans les livres qu’il s’éduqua. Que c’est en premier lieu dans la « libre nature », l’expression est courante à son époque, en Europe d’abord, en Amérique ensuite et surtout. Que c’est au plein vent de marches et de voyages, dans la géographie vécue, qu’il puisa des exemples d’anarchisme. Où sont, en effet, dans un paysage proche encore de la nature inconditionnée, les divisions administratives et militaires auxquelles à abouti l’homme du XIXe siècle et qu’il s’imagine intangibles ? Où sont, dans les circonstances naturelles, les meurtrissures infligées par l’exploitation sans frein des richesses de la faune et de la flore ? En quoi travail et ensemencement de la terre impliquent-ils cette frénésie de titres de propriété, ces souverainetés arbitraires ? La géographie se modifie constamment dans le temps – « la terre est vivante », écrit Élisée dans l’un de ses premiers articles –, et ne saurait se stabiliser à un quelconque stade de son évolution. Mais l’État, lui, n’est pas naturel dans son essence, ni les séparations géographiques devenues « frontières de convention, toujours incertaines et flottantes »[2], ni aucune des contraintes et des barrières – religieuses, morales, juridiques – que les hommes regroupés en société pour survivre se sont imposées.

Lire tout l’article


Site réalisé sous SPIP
avec le squelette ESCAL 4.0.60