BAUDOUIN, A. "Reclus colonialiste ?"
Article mis en ligne le 1er décembre 2007
dernière modification le 2 décembre 2007

par CREAGH, Ronald
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Cybergeo, No. 239, 26 mai 2003

Le géographe et anarchiste Elisée Reclus a été souvent présenté comme un des représentants de l’anticolonialisme au XIXème siècle malgré les ambiguïtés et contradictions relevées par plusieurs auteurs dans ses écrits. Cet article présente une relecture des positions de Reclus sur la question coloniale et en arrive à la conclusion que Reclus était un fervent partisan de la colonisation, mais d’une colonisation qui se voulait humaniste, d’une colonisation idéale. L’anticolonialisme en fait est bien difficile à trouver. La position de Reclus semble alors non seulement logique vis-à-vis de la liberté individuelle revendiquée par les anarchistes mais aussi en phase avec l’idéologie toutes tendances politiques confondues, qui donnait au " monde civilisé " une mission à remplir vis-à-vis du reste du monde La colonisation apparaît alors comme une simple étape d’une mondialisation entamée depuis plusieurs siècles.

Critique :

De quelle "oeuvre de civilisation" et de quelle "mondialisation" s’agit-il ? Il ne me semble pas qu’il s’agisse d’une mission civilisatrice de l’homme occidental ni de la mondialisation telle que les dirigeants économiques de la fin du vingtième siècle l’envisagent. Il suffit de voir ce qu’écrit Reclus dans l’ouvrage Patriotisme et colonisation, sous la direction de Jean Grave, [1] :

"Sans doute il est fort louable d’aimer la terre natale, et les gens de son
pays, et les beaux livres écrits dans sa langue ; sans doute il est également
fort bien de s’établir en colon dans un pays lointain et d’en défricher le
sol à la sueur de son front. (...) Je dois même dire que personnellement je
suis un ardent patriote et que dans ma jeunesse j’ai très consciencieusement
essayé d’être colon ; maintenant encore, vivant loin de mon bourg natal et
gagnant ma vie en un pays étranger, je suis encore colon à ma manière et
sans le moindre remords. Mais sous les noms de patriotisme et de
colonisation on entend d’ordinaire tout autre chose (...) Ce que le patriote
entend par colonisation, c’est le droit à l’accomplissement de tous les
crimes. (...) Le "colonial" n’a d’autre objectif que de prendre, soit des
trésors, soit des terres et les hommes qui les peuplent, soit le pouvoir et
des titres à l’avancement,. L’oeuvre dans son ensemble est mauvaise et les
agents qu’on emploie pour l’accomplir conviennent d’autant mieux à l’oeuvre
projetée qu’ils sont mauvais eux-mêmes." Etc.

Le "colonialisme" de Reclus prend ses distances très nettement de ce qui consiste à s’emparer des terres où vit une population différente.

Ronald Creagh

Notes :

[1Temps Nouveaux, 1903


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